Attachement sécure : être proche sans se perdre. Être proche de quelqu’un ne devrait pas signifier devoir renoncer à soi-même. Pourtant, dans certaines relations, nous pouvons avoir du mal à trouver cet équilibre. Être proche, tout en gardant nos rêves et nos espaces personnels. Exprimer nos besoins sans avoir peur de déranger. Rester nous-mêmes sans craindre de perdre l’autre. Aimer l’autre sans s’abandonner soi-même. C’est aussi pouvoir accepter que l’autre soit différent, qu’il ne pense pas toujours comme nous et qu’il puisse prendre de la distance sans que cela signifie que le lien est menacé. Alors, à quoi ressemble concrètement un attachement sécure ?
"Dire ce dont on a besoin sans avoir peur d'être jugé ou déranger l'autre".
Dans une relation sécure, on peut dire ce dont on a besoin sans avoir constamment peur de la réaction de l’autre. On peut demander de l’aide, exprimer un désaccord, dire que quelque chose nous a blessé, demander de l’attention ou simplement avoir besoin d’un peu de présence. Cela suppose de reconnaître que nos besoins ont une place dans la relation. Ils ne sont pas forcément des exigences, et les exprimer ne signifie pas imposer quelque chose à l’autre. Pourtant, cela peut être difficile lorsque nous avons appris à nous adapter pour préserver le lien. Nous pouvons alors avoir tendance à garder certaines choses pour nous, à minimiser ce que nous ressentons ou à attendre que l’autre devine ce dont nous avons besoin. « Je ne veux pas l’embêter avec ça. » « Ce n’est pas si important, je vais me débrouiller seul. » « Si je lui dis ce que je ressens, il risque de mal le prendre. » « Je préfère ne rien dire plutôt que de créer un conflit. » Dans un attachement plus sécure, il devient possible de prendre le risque d’être soi-même dans la relation. Dire « j’ai besoin de toi » ne signifie pas être dépendant. Dire « j’ai besoin d’être seul » ne signifie pas rejeter l’autre. Dire « je ne suis pas d’accord » ne signifie pas mettre la relation en danger. On peut exprimer un besoin tout en laissant à l’autre la liberté d’y répondre ou non. L’autre peut être disponible, avoir besoin de temps, ne pas être d’accord ou avoir lui-même d’autres besoins. La sécurité ne vient donc pas du fait d’obtenir toujours ce que l’on demande, mais de pouvoir exprimer ce qui se passe en soi et de rester en relation malgré les différences. C’est aussi apprendre à faire la différence entre exprimer un besoin et exiger que l’autre le satisfasse. Je peux dire ce dont j’ai besoin, écouter ce que l’autre peut ou ne peut pas donner, puis chercher ensemble une manière de prendre soin du lien sans m’abandonner moi-même.
"Pouvoir être soi-même dans la relation".
Dans une relation sécure, être proche de quelqu’un ne signifie pas devoir penser comme lui, aimer les mêmes choses ou être toujours disponible. Chacun peut conserver ses goûts, ses opinions, ses projets, ses amis et ses espaces personnels. On peut être en couple sans tout faire ensemble. On peut avoir des moments où l’on préfère être seul, consacrer du temps à ses activités ou simplement avoir besoin de retrouver son propre espace. « J’aime passer du temps avec toi, mais j’ai aussi besoin de temps pour moi. » « Je ne suis pas d’accord avec toi, mais cela ne remet pas en cause ce que je ressens pour toi. » « J’ai envie de faire cette chose de mon côté, et j’ai envie de te retrouver ensuite. » Cette capacité à rester soi-même existe aussi dans les relations amicales ou familiales. On peut aimer profondément un ami sans être obligé de partager tous ses choix, ses opinions ou son mode de vie. On peut prendre des chemins différents, se voir moins souvent pendant un temps et retrouver la relation sans avoir le sentiment qu’elle est forcément menacée. Dans un attachement sécure, la différence n’est pas nécessairement vécue comme une menace pour le lien. L’autre peut être différent de moi sans devenir un étranger. Il peut avoir ses propres besoins, ses propres opinions et parfois même prendre une direction différente de la mienne. Cela demande de pouvoir rester en contact avec soi-même tout en restant attentif à l’autre. Je peux faire des choix qui me correspondent, prendre ma place et respecter mes besoins, sans pour autant cesser de prendre en compte ceux de l’autre. C’est aussi ce qui permet de construire une relation entre deux personnes qui existent pleinement, plutôt qu’une relation dans laquelle l’un doit s’effacer pour que l’autre reste proche. Être proche sans se perdre, c’est pouvoir dire « je » tout en continuant à construire un « nous ».
Accepter la distance sans avoir peur de perdre l'autre.
Je tiens à toi, mais j'ai besoin de distance : comprendre l'attachement évitant.→Vous envoyez un message à quelqu’un qui compte pour vous. Il ne répond pas. Quelques heures passent. Vous commencez à vous demander : « Est-ce qu’il m’en veut ? », « Est-ce que quelque chose a changé ? », « Est-ce qu’il s’éloigne de moi ? » Lorsque le lien est important, l’absence de l’autre peut parfois faire naître de l’inquiétude. On peut avoir envie de relancer, de chercher une explication ou de se rapprocher davantage pour être rassuré. Dans un attachement sécure, cette inquiétude peut exister elle aussi. Être sécure ne signifie pas ne jamais avoir peur de perdre l’autre. La différence se trouve davantage dans la manière dont nous allons vivre cette peur. On peut ressentir le manque ou l’inquiétude sans considérer immédiatement que quelque chose va mal. « Je suis inquiet parce qu’il ne répond pas, mais je ne sais pas encore ce que cela signifie. » Il peut simplement être occupé, avoir besoin de temps pour lui ou traverser quelque chose qui n’a rien à voir avec la relation. Cela permet aussi de demander à être rassuré sans chercher à contrôler l’autre. « Je comprends que tu aies besoin de temps pour toi. De mon côté, je me sens un peu inquiet. Est-ce que tu peux me rassurer sur le fait que tout va bien entre nous ? » Cette demande n’est pas une faiblesse. Elle permet de mettre des mots sur ce qui se passe en soi plutôt que de laisser l’inquiétude prendre toute la place. Et la réponse de l’autre peut être entendue sans exiger qu’elle corresponde exactement à ce que nous voudrions. Cette capacité à supporter l’absence existe aussi en dehors du couple. Un ami peut être moins disponible pendant quelques semaines sans que l’amitié disparaisse. Un enfant devenu adulte peut avoir sa propre vie et appeler moins souvent ses parents. Un proche peut avoir besoin de prendre du recul sans pour autant vouloir rompre le lien. Dans ces moments-là, on peut ressentir le manque sans chercher immédiatement à combler le vide. On peut continuer à vivre sa propre vie, prendre soin de soi, faire ses activités et laisser à l’autre son espace. Accepter la distance ne signifie donc pas être indifférent. On peut aimer quelqu’un, avoir envie de le retrouver et ressentir son absence tout en sachant que le lien ne dépend pas d’une présence permanente. C’est aussi pouvoir faire confiance au lien, mais également à soi-même : « Tu peux t’éloigner un moment, et je peux rester moi-même. Je peux ressentir ton absence sans me perdre dans la peur de te perdre. » La relation devient alors un espace dans lequel chacun peut être proche, puis reprendre son propre chemin, avant de se retrouver. La proximité n’a plus besoin d’être permanente pour être réelle.
Pouvoir traverser un désaccord sans avoir peur de perdre l'autre.
Vous n’êtes pas d’accord. Une remarque vous a blessé, vous avez besoin de quelque chose que l’autre ne comprend pas, ou simplement vous ne voyez pas les choses de la même manière. Et là, quelque chose peut se jouer dans la relation. Vous avez peut-être envie de dire ce que vous pensez, mais vous craignez que l’autre se mette en colère. Vous préférez parfois vous taire pour éviter une dispute. Ou, au contraire, vous cherchez immédiatement à régler le problème parce que vous supportez difficilement que l’autre soit contrarié. Dans une relation sécure, le désaccord peut exister sans signifier que le lien est en danger. On peut être en colère, être déçu, ne pas être d’accord et continuer à tenir à l’autre. Cela peut ressembler à : « Je ne suis vraiment pas d’accord avec toi, mais j’ai envie qu’on puisse en parler. » « Ce que tu viens de faire m’a blessé. J’ai besoin de te le dire plutôt que de faire comme si tout allait bien. » « Là, je suis trop énervé pour en parler correctement. J’ai besoin de souffler et nous reprendrons cette conversation plus tard. » Le conflit ne devient alors ni une épreuve de force ni une menace de séparation. Il peut devenir un moment où chacun cherche à comprendre ce qui se passe pour lui-même et pour l’autre. Cela ne veut pas dire que les discussions sont toujours calmes ou que l’on trouve immédiatement une solution. Une personne avec un attachement sécure peut elle aussi perdre patience, se sentir blessée, avoir besoin de s’éloigner quelques instants ou regretter certaines paroles. La différence se situe notamment dans la possibilité de revenir vers l’autre. « Nous nous sommes disputés, mais notre relation compte toujours pour moi. » Pouvoir revenir après un conflit, reconnaître sa part, écouter celle de l’autre et parfois accepter de ne pas être entièrement d’accord permet de préserver le lien sans avoir à renoncer à soi-même. À l’inverse, lorsque chaque désaccord est vécu comme le risque d’être abandonné, on peut chercher à éviter tout conflit, à s’excuser même lorsqu’on n’a rien fait, à céder systématiquement ou, au contraire, à attaquer avant d’être soi-même rejeté. Être sécure, ce n’est donc pas ne jamais se disputer. C’est pouvoir traverser le désaccord sans perdre de vue que l’autre reste une personne avec laquelle le lien peut continuer d’exister. Et parfois, après une discussion difficile, il peut simplement être possible de se retrouver autour d’un café, de se regarder et de reprendre le fil. Le conflit n’a pas forcément détruit le lien. Il peut même permettre de mieux comprendre comment chacun fonctionne et ce dont chacun a besoin.
Pouvoir recevoir sans se sentir redevable.
Quelqu’un vous propose son aide. Un ami vous appelle parce qu’il sent que vous n’allez pas très bien. Votre partenaire vous propose de s’occuper de quelque chose pour vous. Un proche vous fait un compliment ou vous témoigne simplement son affection. Et pourtant, au lieu de recevoir ce geste, vous pouvez avoir envie de répondre immédiatement : « Ce n’est pas la peine, je vais me débrouiller. » Ou de penser : « Je lui dois quelque chose maintenant. » Certaines personnes ont appris très tôt à compter avant tout sur elles-mêmes. Accepter de recevoir peut alors donner l’impression d’être faible, dépendant ou de prendre trop de place. Pourtant, avoir besoin des autres ne signifie pas perdre son autonomie. On peut accepter une aide, se laisser réconforter, écouter un compliment ou simplement apprécier la présence de quelqu’un. « Merci, ça me fait du bien que tu sois là. » « Je ne sais pas encore comment je vais résoudre ça, mais ton aide me fait du bien. » « Je suis touché que tu aies pensé à moi. » Recevoir ne signifie pas être redevable. Les relations sont aussi faites de soutien et de réciprocité. Je peux recevoir aujourd’hui et être présent pour l’autre demain. Je n’ai pas besoin de rendre immédiatement ce qu’on vient de me donner pour avoir le droit de l’accepter. Cela existe aussi en dehors du couple. Un ami peut être là pour vous sans que vous ayez besoin de lui rendre immédiatement la même chose. Un parent peut aider son enfant devenu adulte sans que celui-ci ait à se sentir incapable. Et accepter l’aide d’un proche ne signifie pas lui donner le droit de décider à notre place. Pouvoir recevoir, c’est finalement accepter quelque chose de simple : je peux avoir besoin de quelqu’un sans me perdre dans cette relation. Et si vous vous reconnaissez dans ces situations ? Peut-être avez-vous reconnu certaines de vos façons de faire : vous taire pour éviter un conflit, avoir peur de déranger, vous inquiéter lorsque quelqu’un s’éloigne, avoir du mal à demander de l’aide ou, au contraire, avoir besoin d’être constamment rassuré. Peut-être avez-vous appris à vous protéger comme vous pouviez. Ces façons d’être en relation ne sont pas forcément des défauts. Elles peuvent s’être construites au fil de votre histoire, dans les relations que vous avez connues et les expériences que vous avez vécues. Et elles peuvent aussi évoluer. En Gestalt-thérapie, nous pouvons regarder ensemble ce qui se passe pour vous, dans vos relations et dans ce que vous vivez aujourd’hui. Que ressentez-vous lorsque l’autre s’éloigne ? Que faites-vous lorsque vous avez besoin de quelque chose ? Qu’est-ce que vous n’osez pas dire ? De quoi avez-vous peur lorsque vous prenez votre place ? Il ne s’agit pas de devenir une personne parfaitement « sécure ». Il s’agit de mieux comprendre votre manière d’être en relation, de retrouver davantage de liberté et de pouvoir faire des choix qui vous ressemblent. Être proche sans se perdre, ce n’est peut-être pas ne plus avoir peur. C’est pouvoir rester soi-même, même lorsque le lien avec l’autre compte profondément.
Faire confiance sans avoir besoin de tout contrôler.
« Je sens que je suis inquiet. Plutôt que de chercher encore des preuves, je peux observer ce qui se passe en moi et voir ce dont j’ai réellement besoin. » C’est là qu’un travail thérapeutique peut prendre tout son sens. Il ne s’agit pas d’apprendre à gérer ses émotions comme on gérerait un problème à résoudre. Il s’agit plutôt d’apprendre à les reconnaître, à les laisser exister et à comprendre ce qu’elles viennent nous dire. En Gestalt-thérapie, on peut notamment regarder ce qui se passe ici et maintenant : qu’est-ce que je ressens lorsque l’autre ne répond pas ? Qu’est-ce que je fais immédiatement ? Est-ce que je me rapproche, est-ce que je m’éloigne, est-ce que je cherche à contrôler ? De quoi ai-je besoin à ce moment-là ? Cette observation peut permettre de retrouver progressivement davantage de choix. Je peux ressentir mon inquiétude sans être obligé d’agir immédiatement pour la faire disparaître. Cette confiance concerne aussi les relations amicales et familiales. Un ami peut sortir sans nous, avoir d’autres amis ou faire des choix que nous ne comprenons pas toujours. Un enfant devenu adulte peut prendre ses propres décisions. Aimer quelqu’un ne donne pas accès à toute sa vie. Et cela fonctionne dans les deux sens. Je peux faire confiance à l’autre, mais je peux aussi accepter que l’autre me fasse confiance. Je n’ai pas besoin de tout expliquer, de tout justifier ou de prouver constamment que je tiens à lui. Renoncer au contrôle ne signifie pas renoncer à ses limites. Si quelque chose dans la relation pose problème, on peut le nommer, poser une limite ou décider qu’une situation ne nous convient pas. Faire confiance, c’est donc laisser une place à l’inconnu sans laisser l’inquiétude prendre toute la place. On ne peut jamais avoir la garantie de ne pas être déçu, quitté ou blessé. Mais on peut apprendre à se dire : « Je ne peux pas contrôler ce que l’autre fera. En revanche, je peux être attentif à ce que je ressens, comprendre ce dont j’ai besoin et choisir comment je veux être dans cette relation. »
Dire "non" sans avoir peur de perdre l'autre.
Quelqu’un vous demande quelque chose. Vous n’en avez pas vraiment envie, mais au moment de répondre, vous hésitez. « Si je dis non, il va être déçu. » « Il risque de mal le prendre. » « Et s’il pense que je ne tiens pas à lui ? » Alors vous dites oui. Vous acceptez une invitation alors que vous auriez préféré rester chez vous. Vous rendez un service alors que vous êtes déjà fatigué. Vous acceptez quelque chose qui ne vous convient pas vraiment, simplement pour éviter une tension ou la déception de l’autre. Sur le moment, dire oui peut sembler plus simple. Mais lorsque préserver le lien devient plus important que ce que vous ressentez vous-même, vous pouvez progressivement vous éloigner de vos propres besoins. Cela peut avoir un lien avec notre manière d’être attaché aux autres. Lorsque nous avons appris, au fil de nos expériences, que le lien pouvait être fragile ou que nous devions nous adapter pour être aimé, dire « non » peut devenir difficile. On peut alors craindre que l’autre s’éloigne, se fâche ou nous aime moins si nous ne répondons pas à ses attentes. Pourtant, dire « non » ne signifie pas rejeter l’autre. « Je comprends que tu aimerais que je vienne, mais ce soir, j’ai besoin de rester chez moi. » « Je ne peux pas t’aider cette fois-ci, j’ai besoin de garder du temps pour moi. » « Je ne suis pas d’accord avec toi, même si je comprends ton point de vue. » L’autre peut être déçu. Il peut même ne pas être content de votre réponse. Et cela ne veut pas forcément dire qu’il va partir ou que la relation est en danger. Peu à peu, il devient possible de découvrir que l’on peut déplaire à quelqu’un sans perdre son amour ou son affection. Que l’on peut avoir ses propres limites, ses propres envies, et rester malgré tout en lien avec l’autre. Cela fonctionne aussi dans les relations amicales et familiales. Un ami peut comprendre que vous ne soyez pas disponible. Un parent peut ne pas être d’accord avec votre choix. Un proche peut être déçu par votre décision. Prendre sa place ne signifie pas prendre toute la place. Cela signifie pouvoir tenir compte de soi et de l’autre en même temps. Et parfois, avant même de répondre, il peut être utile de s’arrêter quelques secondes et de se demander : « Est-ce que j’ai vraiment envie de dire oui, ou est-ce que j’ai peur de dire non ? » Cette différence peut sembler minime. Pourtant, elle peut permettre de retrouver peu à peu une relation plus juste avec soi-même et avec les autres. Un lien suffisamment solide peut supporter un « non ». Et vous avez le droit d’exister dans la relation autrement qu’en faisant plaisir à l’autre.
Réparer après une blessure sans avoir peur que tout est fini.
Vous avez dit quelque chose que vous regrettez. Ou c’est l’autre qui vous a blessé. Après une dispute, vous repensez à la scène, vous cherchez ce que vous auriez pu dire autrement et vous vous demandez parfois : « Est-ce que j’ai abîmé notre relation ? » Vous pouvez avoir envie de revenir vers l’autre, mais ne pas savoir comment vous y prendre. « Est-ce que je dois lui parler ? Est-ce qu’il va encore m’en vouloir ? Est-ce que je vais devoir m’excuser alors que moi aussi j’ai été blessé ? » Dans certaines relations, une dispute peut donner l’impression que tout est remis en question. On peut alors se fermer, attendre que l’autre fasse le premier pas ou faire comme si rien ne s’était passé pour éviter de risquer une nouvelle tension. Pourtant, être proche de quelqu’un, ce n’est pas ne jamais se blesser. C’est aussi pouvoir revenir vers l’autre après ce qui s’est passé. « Ce que je t’ai dit hier était injuste. Je le regrette. » « Ce qui s’est passé m’a vraiment blessé et j’ai besoin qu’on en parle. » « Nous nous sommes disputés, mais je n’ai pas envie que cette dispute nous éloigne. » C’est là que l’attachement peut jouer un rôle. Lorsque nous avons très peur de perdre l’autre, une dispute peut prendre une dimension beaucoup plus grande que le désaccord lui-même. Une parole blessante peut devenir : « Il ne m’aime plus », « Je vais être abandonné » ou « Notre relation est terminée ». Avec un sentiment de sécurité plus solide, il devient davantage possible de penser : « Nous avons un problème entre nous, mais cela ne signifie pas forcément que notre relation est en danger. » On peut alors reconnaître sa part, présenter des excuses, dire ce qui nous a blessé et chercher à comprendre ce qui s’est passé. S’excuser ne signifie pas s’humilier. Reconnaître son erreur ne signifie pas donner raison à l’autre sur tout. Et il y a une limite essentielle : réparer une relation ne signifie pas accepter l’inacceptable. Si une personne vous rabaisse régulièrement, vous menace, vous manipule ou vous fait du mal, le fait d’être attaché à elle ne vous oblige pas à rester dans cette relation. Parfois, prendre soin de soi consiste justement à poser une limite ou à partir. La réparation concerne les blessures qui peuvent être reconnues, entendues et travaillées des deux côtés. Elle demande une responsabilité partagée, pas qu’une seule personne porte tout le poids de la relation. Cela vaut pour le couple, mais aussi pour une amitié ou une relation familiale. On peut se décevoir, se tromper, se manquer et malgré tout retrouver un chemin vers l’autre. Parfois, la réparation commence par une phrase toute simple : « Je n’ai pas envie que ce qui s’est passé entre nous reste comme ça. Est-ce qu’on peut en parler ? » Réparer, ce n’est pas effacer ce qui s’est passé. C’est reconnaître la blessure, comprendre ce qui s’est joué et voir s’il est possible de construire quelque chose de différent à partir de là. Et peut-être que la sécurité dans une relation ne se mesure pas au fait de ne jamais se blesser, mais aussi à la possibilité de se retrouver après la blessure, lorsque chacun peut reprendre sa part de responsabilité et choisir de revenir dans le lien.
Pouvoir faire ses propres choix sans avoir besoin de l'approbation de l'autre.
Vous avez envie de faire quelque chose, de changer de travail, de reprendre une activité, de voir certaines personnes ou simplement de prendre une décision qui vous ressemble. Mais avant de vous lancer, vous pensez à ce que l’autre va en penser. « Est-ce qu’il ou elle va trouver ça bien ? » « Et si l’autre pense que je fais une erreur ? » « Peut-être que je devrais lui demander avant. » Chercher l’avis de quelqu’un que l’on aime est tout à fait normal. Mais lorsque son approbation devient nécessaire pour se sentir sûr de ses choix, il peut devenir difficile de savoir ce que l’on veut vraiment. Dans une relation sécure, l’autre peut compter pour nous sans devenir la personne qui décide à notre place. On peut écouter son avis, prendre en compte ce qu’il ou elle ressent et finalement faire un choix différent. « Je comprends que tu ne ferais pas ce choix à ma place, mais je sens que c’est important pour moi. » « Ton avis compte pour moi, mais j’ai besoin de prendre ma propre décision. » Cela ne signifie pas devenir complètement indépendant·e ou ne plus tenir compte des autres. Au contraire, être autonome dans une relation, c’est pouvoir prendre sa place tout en restant capable d’entendre celle de l’autre. Cette capacité se construit aussi dans les relations familiales et amicales. Un enfant devenu adulte peut faire des choix différents de ceux de ses parents. Un ami peut prendre une direction que nous n’aurions pas choisie pour lui. Aimer quelqu’un, ce n’est pas forcément vouloir qu’il ou elle vive comme nous. Et parfois, faire un choix qui nous ressemble peut susciter de la peur. On peut craindre de décevoir, de déranger ou de perdre l’estime de l’autre. Pouvoir supporter cette petite part d’inconfort, sans renoncer immédiatement à soi, fait aussi partie de la sécurité dans le lien. Peu à peu, il devient possible de se dire : « Je peux entendre ce que tu penses sans avoir besoin que tu sois d’accord avec moi pour savoir que mon choix a du sens. » C’est peut-être aussi cela, devenir adulte dans ses relations : pouvoir faire ses choix, prendre sa place et assumer ses besoins, tout en restant attentif à l’autre. Le lien ne disparaît pas parce que deux personnes ne prennent pas toujours le même chemin. Et si vous vous reconnaissez dans certaines de ces situations ? Il ne s’agit pas de savoir si vous êtes « sécure » ou « insécure » une fois pour toutes. Nous pouvons avoir des façons différentes d’être en relation selon les personnes, les situations et les moments de notre vie. Vous pouvez vous sentir libre et confiant·e dans certaines relations, et avoir beaucoup plus de mal à prendre votre place dans d’autres. L’important est peut-être moins de mettre une étiquette sur votre façon d’aimer que de comprendre ce qui se passe pour vous lorsque vous êtes en lien avec quelqu’un : ce que vous ressentez, ce que vous faites, ce que vous n’osez pas dire, ce que vous craignez de perdre. C’est aussi là qu’un travail thérapeutique peut ouvrir un espace. En Gestalt-thérapie, nous pouvons regarder ensemble ce qui se passe ici et maintenant, dans votre manière d’entrer en contact, de vous rapprocher, de vous éloigner, de demander, de refuser ou de prendre votre place. Il ne s’agit pas de devenir une personne parfaitement « sécure ». Il s’agit de retrouver davantage de liberté dans votre manière d’être en relation, sans avoir à vous abandonner vous-même.
Être proche sans se perdre.

Peut-être qu’en lisant ces lignes, vous avez pensé à une situation précise. Un message auquel vous avez attendu une réponse pendant des heures. Une fois où vous avez dit oui alors que vous vouliez dire non. Une dispute que vous avez eu peur de ne pas pouvoir réparer. Ou ce moment où vous avez préféré vous taire plutôt que de risquer de décevoir quelqu’un. Peut-être avez-vous aussi pensé à une relation dans laquelle vous vous sentez simplement bien. Vous pouvez être vous-même, dire ce que vous pensez, demander de l’aide, prendre du recul et retrouver l’autre sans avoir constamment peur de perdre le lien. Nous ne sommes pas toujours les mêmes dans toutes nos relations. Nous pouvons nous sentir en confiance avec certaines personnes et beaucoup plus fragiles avec d’autres. Notre manière d’être en relation peut aussi changer au fil de notre histoire. L’attachement sécure ne signifie donc pas ne jamais avoir peur, ne jamais se disputer ou ne jamais avoir besoin d’être rassuré. C’est pouvoir traverser ces moments sans avoir à renoncer à soi-même pour préserver le lien. Pouvoir dire : « J’ai besoin de toi », sans avoir honte d’en avoir besoin. Pouvoir dire : « J’ai besoin d’être seul·e », sans avoir peur de blesser l’autre. Pouvoir dire : « Je ne suis pas d’accord », sans penser que tout est terminé. Pouvoir dire : « Je suis désolé·e », sans s’effacer. Et pouvoir entendre : « Je ne suis pas d’accord avec toi », sans y entendre forcément : « Je ne t’aime plus. » C’est peut-être cela, finalement, être proche sans se perdre. On peut aimer quelqu’un profondément et continuer à avoir ses propres envies, ses propres limites, ses propres amis, ses propres projets. On peut avoir besoin de l’autre sans lui confier la responsabilité de notre sécurité intérieure. Et l’on peut laisser une place à l’autre sans prendre toute la place soi-même. Le lien n’a pas besoin d’être parfait pour être solide. Et si vous vous reconnaissez dans certaines de ces difficultés, cela ne signifie pas que quelque chose ne va pas chez vous. Votre manière d’être en relation a une histoire. Elle s’est construite à partir de vos expériences, de vos rencontres et de ce que vous avez appris pour vous protéger. Elle peut aussi évoluer. Parfois, le premier pas n’est pas de chercher à changer immédiatement, mais simplement de commencer à observer : « Qu’est-ce qui se passe en moi quand l’autre s’éloigne ? » « Qu’est-ce que je n’ose pas demander ? » « Qu’est-ce que je fais pour ne pas perdre l’autre ? » « Et qu’est-ce que je risque de perdre de moi-même en essayant de préserver le lien ? » Ces questions peuvent parfois être difficiles à regarder seul·e. Un accompagnement thérapeutique peut permettre de prendre le temps d’explorer ce qui se joue dans vos relations, de comprendre vos façons de vous protéger et de retrouver progressivement davantage de liberté dans votre manière d’être en lien. En Gestalt-thérapie, ce travail part de ce que vous vivez aujourd’hui, de vos relations et de ce qui se passe dans le présent. Il ne s’agit pas de devenir quelqu’un d’autre, ni de devenir parfaitement « sécure », mais de pouvoir être davantage vous-même tout en restant en lien avec les autres.
En Gestalt-thérapie, ce travail part de ce que vous vivez aujourd’hui, de vos relations et de ce qui se passe dans le présent. Il ne s’agit pas de devenir quelqu’un d’autre, ni de devenir parfaitement « sécure », mais de pouvoir être davantage vous-même tout en restant en lien avec les autres. Si vous vous reconnaissez dans certaines de ces situations et que vous souhaitez en parler, je vous propose un accompagnement en Gestalt-thérapie à Reims ou en visioconférence. Prendre rendez-vous.



