Deuil & transitions

Quand le cancer bouleverse le corps et la vie.

Une expérience personnelle du cancer, de l'annonce aux traitements, des traces laissées par la maladie au chemin de reconstruction. Parce que même lorsque les traitements sont terminés, l'histoire continue.

MM
Mohand MechenanePublié le 16 septembre 2026 · 10 min de lecture
« Jeune plante verte poussant entre des rochers, devant un paysage montagneux éclairé par le soleil couchant. Le texte “Même après l’épreuve, la vie continue” apparaît sur l’image. »

Quand le cancer bouleverse le corps et la vie. Une annonce de cancer ne bouleverse pas seulement le corps. Elle vient aussi bousculer les repères, les habitudes, l’image que l’on a de soi et parfois notre rapport aux autres. Je le sais parce que je le vis. Mon histoire a commencé par une petite lésion apparue dans une zone intime. En quelques semaines, elle a changé de taille et m’a conduit très rapidement dans un parcours de soins lourd. Je raconte ici cette expérience avec mes mots, sans prétendre parler au nom de toutes les personnes confrontées au cancer, mais simplement pour témoigner de ce que cette maladie a changé pour moi.

L'attachement : pourquoi avons-nous besoin du lien aux autres ?

L'annonce : quand tout bascule.

À l’époque, j’étais suivi médicalement lorsqu’une petite lésion est apparue dans une zone intime. Au départ, cela ressemblait à une petite verrue, quelque chose de presque banal. Je n’y pensais pas particulièrement. Puis elle s’est mise à grossir. En une semaine ou deux, elle est passée de la taille d’une tête d’épingle à quelque chose qui faisait environ la moitié de mon ongle de pouce. Là, forcément, je me suis inquiété. Les examens ont confirmé qu’il s’agissait d’un cancer. Et à partir de ce moment-là, tout s’est accéléré. On m’a expliqué qu’il fallait intervenir rapidement, avec de la chimiothérapie et des rayons, et retirer la lésion. On ne savait pas encore exactement si la maladie s’était propagée. Je n’ai pas eu vraiment le temps de réfléchir. Il fallait agir. On m’a expliqué ce qui pouvait arriver si je ne faisais pas les traitements, notamment le risque de perdre certaines fonctions importantes de mon corps et de devoir vivre avec des conséquences très lourdes au quotidien. Alors j’ai pesé le pour et le contre. Mais je n’avais pas besoin de beaucoup de temps pour savoir ce que je voulais. Je voulais vivre. Je ne voulais pas me retrouver avec une poche fixée à l’abdomen, à devoir organiser ma vie autour d’elle. J’ai donc fait le choix de me soigner. Pas parce que je n’avais pas peur, mais parce que je voulais continuer à vivre.

Quand le corps devient une affaire médicale.

Il y a aussi une autre chose à laquelle je ne m’attendais pas vraiment : le rapport à mon propre corps. Quand on est malade, le corps devient une affaire médicale. On le montre, on l’examine, on le palpe, on en parle. On passe d’un spécialiste à l’autre et on doit expliquer des choses très intimes à des personnes que l’on ne connaît pas forcément. Dans mon cas, il a fallu montrer une partie de mon corps que j’aurais préféré garder pour moi. Aller chez le gastro-entérologue, parler de cette zone, accepter les examens… Oui, parfois, c’était humiliant. Mais j’ai aussi appris quelque chose : l’humilité. On découvre que certaines choses que l’on considérait comme très personnelles deviennent secondaires lorsqu’il s’agit de se soigner. Il faut accepter d’être examiné. Accepter de montrer. Accepter parfois de perdre un peu de cette pudeur à laquelle on tient. Ce n’est pas toujours facile. Mais quand on comprend que ces gestes sont là pour nous soigner, on finit par les accepter. La maladie m’a appris que l’on peut être profondément vulnérable sans être faible. Et cette vulnérabilité, je crois qu’il est important de pouvoir aussi en parler.

Quand les traitements laissent des traces.

besoin d'être accompagné

J’ai fait les traitements. La chimiothérapie, les rayons, les interventions nécessaires. Sur le papier, les séances se terminent un jour. Mais pour le corps, ce n’est pas forcément la fin. Dans mon cas, les irradiations ont été particulièrement difficiles. La zone traitée est une zone humide, et la cicatrisation a été très compliquée. Les douleurs ont continué longtemps après les traitements. Pendant un an, un an et demi, ça a été un vrai calvaire. Il y a eu les brûlures, les douleurs, les difficultés à cicatriser. Encore aujourd’hui, il peut arriver que ça saigne. Et certaines fonctions corporelles ont été perturbées. Pendant un temps, je ne pouvais même pas m’asseoir normalement. Je devais emporter avec moi une sorte de coussin en forme de ballon, avec un trou au milieu, pour éviter d’appuyer sur la zone douloureuse. Je me souviens notamment de l’avoir utilisé pendant ma formation. Imaginez-vous aller en formation avec votre coussin sous le bras parce que vous ne pouvez pas vous asseoir. C’est un détail, peut-être. Mais pour moi, il dit beaucoup de ce que la maladie peut changer dans la vie quotidienne. Je le dis avec mes mots, parce que c’est aussi comme ça que je l’ai vécu : ils ont irradié toute la zone, et ça a été Tchernobyl. Il faut ensuite apprendre à vivre avec ce que les traitements ont laissé derrière eux. Parce que lorsqu’on vous dit que les séances sont terminées, on pourrait croire que tout revient immédiatement à la normale. Mais le corps, lui, a parfois besoin de beaucoup plus de temps. Le traitement peut être terminé alors que l’épreuve, elle, continue encore dans le corps

Après le cancer, apprendre à remonter la pente.

Aujourd’hui, je remonte peu à peu la pente. Je continue d’avoir un suivi médical. Je vois encore mon gastro-entérologue, je prends contact avec mon oncologue pour poursuivre les consultations. Le parcours n’est donc pas terminé. Mais quelque chose a changé. Je ne suis plus dans l’urgence du début. Je suis dans le temps de la reconstruction. Il faut réapprendre à écouter son corps, à accepter ce qu’il a traversé et à composer avec ce qui reste. Certaines choses reviennent progressivement. D’autres ont changé et ne reviendront peut-être pas exactement comme avant. Il faut aussi retrouver une vie qui ne soit pas uniquement organisée autour de la maladie. Faire des projets. Reprendre ses activités. Continuer à travailler. Voir les autres. Rire aussi. Parce que la maladie peut prendre énormément de place. Et à un moment donné, il faut pouvoir lui en reprendre un peu. Je ne cherche pas à oublier ce que j’ai vécu. J’essaie d’apprendre à vivre avec. Cette expérience m’a aussi fait comprendre à quel point nous pouvons être vulnérables. Nous pouvons perdre, en très peu de temps, une partie du contrôle que nous pensions avoir sur notre corps et sur notre vie. Mais cette vulnérabilité ne signifie pas que nous sommes faibles. Elle peut aussi nous apprendre à demander de l’aide, à accepter les soins, à parler de ce qui fait mal et à reconnaître que nous n’avons pas toujours besoin de tout porter seuls. Aujourd’hui, je continue d’avancer. Il y a encore des consultations, encore des questions et encore des choses que je ne maîtrise pas. Mais il y a aussi la vie qui continue. Je ne suis pas au bout du chemin. Mais je suis en train de le parcourir.

Quand les traitements sont terminés, mais que l'histoire continue.

Ruban rose symbolisant la lutte contre le cancer sur fond blanc.
Un symbole de soutien et d'espoir face au cancer.

Quand les traitements se terminent, on pourrait penser que tout est derrière soi. Mais ce n’est pas aussi simple. Dans mon cas, les traitements sont terminés, mais je continue à être suivi. Je dois encore voir mon gastro-entérologue, reprendre contact avec mon oncologue et poursuivre les examens nécessaires. La maladie n’occupe plus la même place, mais elle n’a pas complètement disparu de ma vie. Il y a aussi ce que le corps continue de rappeler. Certaines douleurs ont duré longtemps. Certaines conséquences des traitements sont encore présentes aujourd’hui. Et puis il y a l’incertitude. On avance, on reprend peu à peu une vie plus normale, mais on sait qu’il faut continuer à surveiller. Je crois que c’est une partie particulière de l’après-cancer : on peut aller mieux sans avoir complètement oublié ce que l’on vient de traverser. Il faut apprendre à retrouver confiance dans son corps, tout en sachant qu’il peut nous surprendre. Il faut reprendre des habitudes, faire des projets, penser à autre chose, tout en continuant les rendez-vous médicaux. C’est un drôle d’équilibre. Aujourd’hui, je suis encore dans ce passage-là. Je remonte peu à peu la pente. Je récupère, je m’adapte, je continue mes suivis. Je n’ai pas tourné la page. J’ai simplement commencé à écrire la suite.

Ce que cette expérience a changé en moi.

Je ne sais pas si l’on ressort vraiment indemne d’une expérience comme celle-là. En tout cas, je sais qu’elle a changé mon regard sur certaines choses. J’ai davantage conscience de la fragilité du corps, mais aussi de notre capacité à nous adapter à ce qui nous arrive. Il y a des moments où l’on ne choisit pas ce qui nous tombe dessus. On peut seulement choisir, autant que possible, la manière dont on va avancer avec. J’ai appris que l’on peut être vulnérable et continuer à avancer. J’ai aussi appris à accepter davantage l’aide des autres. À accepter les soins, les examens, les regards, les moments où l’on doit montrer une partie de soi que l’on aurait préféré garder intime. Et puis cette expérience m’a rappelé quelque chose d’essentiel : derrière un diagnostic, il y a toujours une personne. Une personne qui peut avoir peur, qui peut être en colère, qui peut avoir besoin de comprendre, de parler ou simplement d’être entendue. C’est peut-être aussi pour cela que cette expérience résonne avec mon travail de psychopraticien. Je ne considère pas que le fait d’avoir vécu un cancer me donne une connaissance particulière de ce que vivent les autres personnes malades. Chaque histoire est différente. Mais je sais ce que cela signifie, pour moi, de devoir continuer à vivre alors que le corps vient de nous rappeler brutalement qu’il ne nous appartient pas complètement. Aujourd’hui, je continue d’avancer avec cette expérience. Pas comme quelque chose que je voudrais effacer. Mais comme une partie de mon histoire.

Parler à quelqu'un peut aider.

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Face à une maladie comme le cancer, on peut avoir besoin de parler à quelqu’un à différents moments du parcours : avant les traitements, pendant, mais aussi après. L’annonce peut être un choc. Les traitements peuvent être éprouvants. Et lorsque les soins sont terminés, il faut parfois continuer à vivre avec ce que l’on a vécu et avec les traces que la maladie a laissées. On peut aller mieux médicalement et avoir encore besoin de déposer ce que l’on ressent. Dans mon propre parcours, j’ai parlé de ce que je vivais avec mon thérapeute. Même lorsqu’on connaît l’accompagnement et qu’on est soi-même dans une profession où l’on écoute les autres, cela ne signifie pas que l’on doit tout porter seul. Parler peut se faire de différentes manières. Avec un proche, une personne de confiance, une association, un professionnel de santé ou, lorsque l’on en ressent l’envie, avec un thérapeute. Une démarche thérapeutique ne devrait jamais être une obligation. Elle commence aussi par une envie, même petite, de venir déposer quelque chose. On n’a pas forcément besoin de savoir exactement quoi dire. On peut parler de ses peurs, de sa colère, de son rapport au corps, de ce qui a changé dans sa vie. On peut aussi simplement déposer ce qui est là, sans chercher immédiatement à trouver une solution. Parfois, être écouté sans avoir à être fort, rassurer les autres ou faire semblant que tout va bien permet déjà de retrouver un peu d’espace. Bien sûr, chacun vit la maladie à sa manière. Certaines personnes auront envie de parler, d’autres non. Certaines trouveront tout leur soutien auprès de leurs proches. D’autres ressentiront le besoin d’un espace différent. L’essentiel est de pouvoir trouver, lorsque c’est nécessaire, un endroit où l’on peut être soi-même avec ce que l’on traverse. Il n’est pas nécessaire d’attendre d’aller mal pour demander du soutien. Mais il n’est pas non plus nécessaire de se forcer à parler lorsque l’on n’en ressent pas l’envie.

Continuer à avancer.

Aujourd’hui, j’attends encore la rémission. Mon histoire avec le cancer n’est donc pas complètement derrière moi. Il reste du suivi, des examens, des rendez-vous et cette part d’incertitude qui fait désormais partie de mon quotidien. Mais je vais de l’avant. Je ne veux pas rester coincé dans ce que j’ai vécu. Je veux continuer à vivre avec ce que cette expérience m’a appris, sans laisser la maladie prendre toute la place. En parler m’a aidé. Avec mon thérapeute, avec certaines personnes autour de moi. Et peut-être que le fait d’écrire cet article m’aide aussi, à ma manière, à mettre des mots sur cette période de ma vie. Je ne sais pas encore exactement ce que cette expérience laissera en moi dans les années qui viennent. Mais je sais que je continue d’avancer. Je ne peux pas changer ce qui m’est arrivé. En revanche, je peux continuer à écrire la suite de mon histoire.

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