First , une chienne qui a compté dans ma vie. Nous avons eu First alors qu’elle avait environ un an. Elle a partagé notre vie pendant seize ans. Seize ans, c’est une longue histoire. Quand elle était en bonne santé, First avait énormément d’énergie. C’était une chienne de chasse, une vraie. Elle avait besoin de bouger, de sortir, de courir, de chercher. Elle avait du caractère et une grande vitalité. Elle avait participé à des concours et était même arrivée première. Elle avait chassé en Normandie. À Paris, elle faisait de grandes balades avec moi et elle m’accompagnait notamment à Romainville. Puis nous sommes arrivés à Reims. Là encore, elle a découvert son territoire. Nous faisions de longues promenades, notamment le long du canal. Elle demandait à sortir et avait toujours envie de bouger. Pendant longtemps, ces promenades ont fait partie de notre quotidien. Puis, avec les années, nous avons commencé à réduire les distances. Les grandes promenades sont devenues plus courtes. Puis les sorties ont été adaptées à ce qu’elle pouvait encore faire. Jusqu’à finalement faire simplement le tour du pâté de maisons. Et même ce petit tour est devenu de plus en plus difficile pour elle, jusqu’à devenir presque impossible. C’est surtout pendant les trois dernières années que j’ai vraiment commencé à voir son déclin. Elle s’est mise à boiter. Je l’ai emmenée chez le vétérinaire. Puis un jour, elle est tombée et a eu beaucoup de mal à se relever. J’ai eu peur. Nous avons découvert qu’elle avait de l’arthrose. Il a fallu la soigner, lui donner des médicaments et retourner plusieurs fois chez le vétérinaire. Il y a eu aussi des épisodes qui m’ont particulièrement marqué. Une fois, elle a fait une crise de douleur alors que j’étais parti en animation. Philippe était avec elle et attendait que je revienne pour que nous puissions voir quoi faire. À partir de là, j’ai souvent eu peur pour elle. Je surveillais ses déplacements, sa façon de marcher, sa capacité à se relever. Je savais que quelque chose était en train de changer et que nous ne pouvions pas arrêter le temps. Et pourtant, First était toujours là. Elle n’était plus la chienne pleine d’énergie qu’elle avait été, mais elle était toujours First. Et plus je la voyais diminuer, plus je me rapprochais d’elle. Il m’est arrivé de pleurer en marchant avec elle. Je savais qu’un jour il faudrait probablement qu’elle parte. Je le savais sans vraiment être capable de l’accepter. Alors parfois, je lui parlais pendant nos promenades. Je lui disais que bientôt, ce serait fini. C’était une manière étrange de lui dire au revoir alors qu’elle était encore à mes côtés. Parce que, sans vraiment m’en rendre compte, je commençais déjà à vivre quelque chose qui ressemble au deuil. Pas encore le deuil de First. Mais celui de tout ce qu’elle pouvait faire auparavant, de son énergie, de nos longues promenades, de cette vie que nous avions connue ensemble.
Voir son animal vieillir : quand le deuil commence avant la perte.
Spécialisation→Quand un animal vieillit, nous ne sommes pas seulement confrontés à son âge. Nous sommes aussi confrontés, progressivement, à sa perte. Le deuil peut alors commencer avant même que l’animal meure. On parle de deuil anticipé lorsque nous commençons à ressentir la tristesse, la peur et le manque liés à une perte que nous savons probable et qui n’a pas encore eu lieu. Avec First, cette sensation s’est installée progressivement. Je savais qu’elle vieillissait. Je voyais ses capacités diminuer. Les promenades devenaient plus courtes, ses déplacements plus difficiles et certaines choses qui étaient autrefois évidentes pour elle devenaient compliquées. Mais elle était encore là. C’est justement cette contradiction qui peut être difficile à vivre : être heureux de pouvoir encore partager des moments avec son animal tout en sachant que ces moments sont comptés. On peut alors être traversé par des émotions très différentes. De la tendresse, de la joie, mais aussi de la peur, de la tristesse, parfois même de l’angoisse. Chaque changement peut devenir inquiétant. Une difficulté à marcher. Une nouvelle douleur. Une journée où l’animal semble plus fatigué que d’habitude. On peut se mettre à observer davantage, à surveiller, à anticiper. Avec First, j’ai souvent eu peur. J’avais peur de la voir souffrir. J’avais peur du moment où je devrais prendre une décision. Et surtout, j’avais peur de la perdre. Cette peur pouvait parfois être présente alors même que nous étions simplement en train de marcher ensemble. Je pouvais pleurer à ses côtés tout en sachant qu’elle était encore là. Le deuil anticipé n’est donc pas nécessairement un détachement de l’animal. C’est parfois exactement l’inverse. Parce que nous savons que nous allons perdre quelqu’un qui compte pour nous, nous pouvons devenir encore plus attentifs à sa présence. Nous profitons autrement des moments ordinaires. Une promenade qui aurait semblé banale quelques années auparavant peut prendre une autre valeur. Un regard, une caresse, le fait simplement d’être ensemble peuvent devenir précieux. Avec First, j’ai progressivement compris que je n’attendais plus qu’elle retrouve la chienne qu’elle avait été. J’essayais simplement de profiter de celle qu’elle était devenue. Et cette prise de conscience a changé ma manière d’être avec elle.
Quand la relation avec son animal change.
Le vieillissement de First a progressivement changé notre manière d’être ensemble. Quand elle était jeune et pleine d’énergie, notre relation était beaucoup liée à ce qu’elle aimait faire : sortir, marcher, courir, explorer. Elle avait besoin de bouger et je l’accompagnais dans cette vie-là. Avec l’âge, tout cela a changé. À mesure qu’elle perdait ses capacités, je me suis rapproché d’elle autrement. Je faisais davantage attention à elle, à ses mouvements, à ses besoins, à ce qu’elle pouvait encore faire. Je la regardais davantage. Je crois que je suis devenu beaucoup plus attentif à sa présence. Quand les promenades ont commencé à se réduire, nous avons dû apprendre à faire autrement. Il ne s’agissait plus de marcher longtemps ou de lui permettre de dépenser toute son énergie. Il s’agissait simplement de trouver ce qu’elle pouvait encore faire, à son rythme. La relation change alors presque sans que l’on s’en rende compte. On prend davantage soin de l’animal. On s’adapte à lui. On accepte qu’il ne soit plus celui qu’il était. Et, de mon côté, plus je la voyais diminuer, plus je me sentais proche d’elle. Je ne regardais plus seulement la chienne de chasse qu’elle avait été. Je regardais First, avec son histoire, son âge, ses fragilités et tout ce que nous avions partagé pendant ces seize années. C’est dans cette période que les moments les plus simples ont commencé à prendre une autre valeur. Une promenade courte. Une présence à mes côtés. Une caresse. Un regard. Des choses qui auraient pu sembler ordinaires auparavant devenaient importantes. Je savais que notre temps ensemble était en train de se réduire. Et plus cette conscience devenait présente, plus j’avais envie d’être là avec elle.

La perte d'un animal : pourquoi la douleur peut-être si forte ?
L'attachement : pourquoi avons-nous besoin du lien aux autres ?→Perdre un animal, ce n’est pas seulement constater qu’il n’est plus là. C’est perdre un être avec lequel nous avons construit une relation pendant des années. First avait vécu seize ans avec nous. Au fil du temps, elle avait traversé différentes périodes de notre vie et occupé une place particulière dans notre histoire. Dans ses dernières années, j’ai assisté à une transformation progressive. Son corps devenait plus fragile, ses déplacements plus difficiles et, vers la fin de sa vie, sa vue a commencé à disparaître. First est devenue progressivement aveugle. Cette nouvelle difficulté m’a particulièrement touché. Elle qui avait été une chienne de chasse, habituée à explorer, à chercher et à se déplacer avec assurance, devait maintenant apprendre à se repérer autrement. Je devais être plus attentif à elle, à son environnement, à ses déplacements. Certaines choses devenaient compliquées, mais quelque chose me frappait encore : malgré tout cela, First avait toujours envie de vivre. Elle avait encore envie de sortir. Elle avait encore envie d’être là, de partager des moments avec nous. Son corps lui imposait de plus en plus de limites, mais son envie d’exister semblait toujours présente. Et c’est peut-être ce décalage qui était le plus difficile pour moi. Je voyais ce qu’elle ne pouvait plus faire, mais je voyais aussi tout ce qu’elle voulait encore faire. Cela rendait la perspective de sa disparition encore plus douloureuse. Je savais que son corps vieillissait et que nous ne pouvions pas arrêter ce processus. Mais tant qu’elle avait cette envie de vivre, je voulais être auprès d’elle, l’accompagner et profiter de ce qui était encore possible. En même temps, une autre réalité devenait de plus en plus présente : je savais qu’un jour, il faudrait lui dire au revoir. Cette conscience peut être particulièrement difficile à porter. On peut ressentir de la tristesse alors que l’animal est encore vivant. On peut avoir peur de la prochaine douleur, de la prochaine dégradation, de la décision qu’il faudra peut-être prendre. On commence alors à faire une place à l’absence avant qu’elle ne soit réellement là. C’est ce que j’ai vécu avec First. Je voulais encore profiter d’elle, tout en sachant que notre temps ensemble était compté.
Après la mort : apprendre à vivre avec l'absence.
Après la mort d’un animal, il y a d’abord cette réalité difficile à intégrer : il n’est plus là. On peut le savoir intellectuellement et pourtant continuer, pendant un certain temps, à attendre sa présence. Le regard cherche encore l’endroit où il avait l’habitude de se coucher. On croit parfois entendre un bruit, un mouvement, quelque chose qui nous rappelle qu’il était là. Puis la réalité revient. L’absence peut alors prendre beaucoup de place. Il y a les moments où l’on se sent submergé par la tristesse, mais aussi ceux où l’on parvient à penser à autre chose. Une photo, un objet, un lieu ou un souvenir peuvent soudain faire revenir l’émotion. Le deuil n’est pas linéaire. Il peut y avoir des jours où l’on pense aller mieux, puis une nouvelle vague de chagrin arrive sans prévenir. Cela ne signifie pas que l’on revient en arrière. C’est simplement une manière dont le deuil peut évoluer. Avec First, cette absence a aussi une histoire particulière pour moi. Pendant seize ans, elle avait été présente dans ma vie. J’avais accompagné son vieillissement, ses difficultés, ses dernières années. J’avais progressivement appris à vivre avec ses nouvelles limites. Et puis, soudain, il n’y avait plus rien à accompagner. Il fallait apprendre à vivre sans elle. C’est une étape étrange : pendant longtemps, une partie de notre attention était tournée vers l’animal, vers ses besoins, son état, ses mouvements. Après sa mort, cette attention n’a plus de raison d’être et peut laisser un vide important. Il peut aussi y avoir de la culpabilité. Est-ce que j’ai fait tout ce qu’il fallait ? Est-ce que j’ai suffisamment profité de lui ? Est-ce que j’aurais pu faire autrement ? Est-ce que j’ai pris la bonne décision ? Ces questions peuvent faire partie du deuil, particulièrement lorsque la fin de vie a demandé des choix difficiles. Il n’existe pourtant pas une manière unique de faire son deuil. Certains auront besoin de parler de leur animal. D’autres auront besoin de rester seuls un temps. Certains regarderont les photos, conserveront ses affaires ou créeront un rituel d’au revoir. D’autres préféreront garder leurs souvenirs pour eux. L’essentiel est de pouvoir reconnaître la place que cet animal avait dans notre vie et de laisser une place à la douleur, sans avoir à la justifier. Faire son deuil ne signifie pas cesser d’aimer. Cela signifie progressivement apprendre à vivre avec une absence qui, au début, semble impossible à accepter. Et parfois, malgré le temps qui passe, cette absence reste difficile à traverser seul. Lorsque la tristesse devient envahissante, que la culpabilité prend trop de place ou que l’on n’arrive plus à retrouver un équilibre, parler de ce que l’on traverse peut permettre de ne pas rester seul avec cette douleur. Un accompagnement thérapeutique peut alors offrir un espace pour déposer ce qui est vécu, mettre des mots sur ce qui fait mal et avancer à son propre rythme, sans avoir à minimiser l’importance du lien qui a été perdu.
Faire son deuil ne signifie pas oublier son animal.
Faire son deuil ne signifie pas oublier l’animal que l’on a aimé, ni faire disparaître la douleur du jour au lendemain. Avec le temps, la douleur peut évoluer. Elle peut devenir moins présente, moins brutale, mais cela ne signifie pas que le lien disparaît. Les souvenirs restent, parfois très longtemps. Ils peuvent faire sourire, émouvoir, ou provoquer encore quelques larmes. Pour moi, First fera toujours partie de mon histoire. Je me souviendrai de la jeune chienne pleine d’énergie, de la chienne de chasse qu’elle était, de ses promenades, mais aussi de la vieille chienne que j’ai accompagnée pendant ses dernières années. Je me souviendrai de ses fragilités, de son arthrose, de sa vue qui s’est progressivement éteinte, mais surtout de cette envie de vivre qu’elle avait encore malgré tout. C’est peut-être cela que signifie faire son deuil : ne pas chercher à effacer ce qui a existé, mais apprendre à lui donner une autre place. L’animal n’est plus physiquement auprès de nous, mais l’histoire que nous avons vécue avec lui continue de faire partie de notre vie. Il est possible de continuer à avancer sans trahir le lien que nous avions avec lui. On peut rire à nouveau, faire des projets, retrouver du plaisir, tout en continuant à aimer et à se souvenir. Le deuil transforme le lien. Il ne l’annule pas. Et parfois, lorsque nous repensons à notre animal, ce n’est plus uniquement son absence que nous ressentons. Nous pouvons aussi ressentir de la gratitude pour les années partagées, pour ce qu’il nous a apporté et pour tout ce que cette relation a représenté. First n’est plus là. Mais seize années de vie commune ne disparaissent pas avec elle.
Être accompagné dans le deuil de son animal.
Accueil→Le deuil animalier est un deuil à part entière. Il peut commencer avant la perte, lorsque l’on voit son animal vieillir et que l’on comprend peu à peu que le temps passé ensemble est compté. Il se poursuit ensuite avec l’absence, les souvenirs et cette nouvelle manière d’avancer sans celui ou celle qui partageait notre vie. Avec First, j’ai découvert combien ce chemin pouvait être progressif. J’ai vu une chienne pleine d’énergie devenir peu à peu plus fragile. J’ai accompagné ses difficultés, ses douleurs, la perte de sa mobilité puis de sa vue. Et malgré tout, elle avait encore envie de vivre. J’ai eu peur pour elle. J’ai pleuré. Je lui ai parlé de sa fin alors qu’elle était encore à mes côtés. Je crois qu’une partie de moi avait déjà commencé à lui dire au revoir. Son histoire m’a aussi rappelé quelque chose d’essentiel : nous n’avons pas à minimiser notre chagrin parce que nous avons perdu un animal. La douleur témoigne aussi de l’importance du lien qui existait. Chacun traverse un deuil à sa manière. Il n’y a pas de durée idéale, pas de manière correcte de souffrir et pas d’obligation d’aller vite. Dans mon accompagnement, je peux vous offrir un espace où cette douleur peut être accueillie sans être minimisée. Un espace pour parler de votre animal, de ce qu’il représentait pour vous, de ce que sa disparition a bouleversé dans votre vie, mais aussi de tout ce qui peut être difficile à dire : la culpabilité, la colère, le manque, le soulagement parfois, ou encore cette impression que les autres ne comprennent pas pourquoi vous souffrez autant. Il ne s’agit pas d’oublier votre animal ni de chercher à faire disparaître votre chagrin. Il s’agit plutôt de pouvoir traverser ce que vous vivez, à votre rythme, et de retrouver progressivement une manière de vivre avec cette absence. Parce que faire son deuil, ce n’est pas tourner la page. C’est apprendre à continuer son histoire avec ce qui a été vécu. First restera dans mon histoire. Et ce que nous avons partagé aussi.



